Le retour stratégique du système eLoran face aux vulnérabilités du GNSS
Selon Inside GNSS, la technologie terrestre eLoran connaît un regain d'intérêt structuré en Occident face à la multiplication des brouillages et usurpations de signaux GNSS.

Le Royaume-Uni déploie un réseau souverain avec couverture positionnement-navigation complète sur l'Angleterre, le pays de Galles et la Manche d'ici 2030, étendue à la mer du Nord, l'Irlande et l'Écosse à partir de 2032. La France a confirmé sa participation au dispositif. En parallèle, Leonardo et Telespazio ont achevé la validation d'un système de navigation autonome par imagerie satellite pour environnements GNSS-deniés, avec la startup Raysilience. Deux trajectoires techniques, un même constat: la dépendance au signal GNSS unique est devenue un risque opérationnel mesurable.
eLoran: le profil de signal que GNSS ne couvre pas
Le profil de propagation d'eLoran — basse fréquence, haute puissance — n'a rien de commun avec les constellations GNSS en bande L. La pénétration en milieu urbain dense et en zone boisée est supérieure. La précision centimétrique n'est pas l'objectif: l'enjeu est la continuité de service, la synchronisation temporelle et un positionnement grossier lorsque le signal satellitaire est compromis.
La technologie Loran n'est pas nouvelle. Plus de 70 000 récepteurs furent construits pour les forces alliées durant la Seconde Guerre mondiale. Au plus fort de la Guerre froide, la couverture atteignait 70 % de l'hémisphère nord. Des systèmes eLoran modernisés continuent d'opérer en Chine, en Corée du Sud, en Arabie saoudite et en Russie — ce n'est pas une technologie de musée.
Le réseau britannique prévoit quatre sites d'émission supplémentaires, en plus d'un signal eLoran timing diffusé depuis des décennies. Le financement est alloué, les discussions avec opérateurs potentiels en cours. Le document soumis par le Royaume-Uni à l'OMI détaille explicitement le rôle du réseau dans la protection des flux maritimes aux points de blocage critiques — détroit d'Ormuz, Manche, Dover. Les annonces formelles de partenariat avec la France sont attendues à l'automne 2026.
VPS sans GNSS: Leonardo et Raysilience valident un prototype fonctionnel
Le projet « Backup Solution for GNSS-Denied Navigation », mené par Leonardo et Telespazio avec la startup Raysilience (lauréate du concours T-TeC 2024), a livré l'ensemble de ses livrables. Le système repose sur un Visual Positioning System — corrélation d'images satellites et interpolation de données avancée — pour fournir un positionnement continu en l'absence totale de signal GNSS.
La technologie se présente comme une solution plug-and-play, intégrable sur différentes plateformes. Application immédiate ciblée: drones (UAV) et tout scénario opérationnel exigeant une continuité de positionnement. Pour le géomaticien, le constat s'impose: la navigation inertielle seule ne suffit plus comme backup. La fusion multi-capteurs incluant la vision machine s'impose comme axe de développement structurant.
OMI: le régulateur maritime accélère le pas
Le Comité de la sécurité maritime de l'OMI a intensifié ses travaux pour faciliter l'introduction de technologies capables de pallier le brouillage et le spoofing des signaux GNSS dans le secteur maritime. La convergence entre gouvernements, industrie et régulateur est nette: le modèle de résilience PNT multi-couches s'impose. Le temps de la dépendance au signal GNSS unique comme seule source de positionnement et de synchronisation est compté — sur terre comme en mer.